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Examiner et comprendre les miracles.

Huit démarches d’examen : objet, preuves, moyens d’étude et décision de l’Église.

Pourquoi les miracles appartiennent à la foi

Les miracles sont des actes réels de Dieu. Le Créateur, qui appelle le monde à l’existence et le maintient, peut aussi agir au-delà des forces de la nature créée. Jésus guérit les malades, commande à la tempête, relève les morts et ressuscite lui-même d’entre les morts. Dans ces actes, il révèle sa puissance et sa miséricorde. L’Église témoigne de cette action divine et conserve également les témoignages de miracles survenus au cours de son histoire ultérieure.[3][2][4]

Le premier concile du Vatican enseigne dans Dei Filius que les miracles et les prophéties permettent de reconnaître la crédibilité de la Révélation. Ils sont des preuves extérieures de l’action de Dieu et s’adressent aussi à la raison. La foi se porte sur Dieu qui se révèle ; les miracles aident l’homme à reconnaître son appel. C’est pourquoi leur présentation attentive appartient à la proclamation de l’Église.[3][2][4]

Thomas d’Aquin explique qu’un miracle au sens propre dépasse les forces de la nature créée. L’enquête recherche donc l’événement concret : que s’est-il produit, qui l’a observé, quelles causes naturelles peuvent être envisagées et dans quel lien avec la prière, la Révélation ou l’intercession a-t-il eu lieu ? Une observation assurée, de bons témoignages et des examens concordants donnent tout son poids à une appréciation fondée.[3][2][4]

« Il vit et il crut » — et pourtant croire sans voir

Au matin de Pâques, le disciple trouve le tombeau vide et voit les linges de lin restés sur place : il vit et il crut. Plus tard, le Christ ressuscité se tient devant Thomas et lui montre ses plaies. L’apôtre répond en confessant son Seigneur et son Dieu. L’Évangile selon saint Jean conduit ainsi de l’événement visible, par le témoignage, à la réponse personnelle de la foi.[1][4]

La béatitude de ceux qui croient sans avoir vu eux-mêmes s’adresse aux générations suivantes. Elles reçoivent le témoignage apostolique digne de foi. Jean met par écrit les miracles du Christ afin que ses lecteurs croient et qu’ils aient la vie en son nom. La foi en ce témoignage s’accorde avec le désir d’en connaître les fondements historiques.[1][4]

Les miracles ultérieurs de l’Église conduisent eux aussi au Christ. Ils invitent à l’action de grâce, à la prière, à la conversion et à la charité active. Celui qui lit les sources et les enquêtes rencontre des personnes concrètes : les malades et les personnes guéries, leurs proches, les témoins, les médecins et les pasteurs qui ont examiné les événements.[1][4]

L’événement et ses preuves

Au commencement se trouve l’événement lui-même. Un malade est guéri ; du sang apparaît sur une hostie consacrée ; à l’ouverture d’un tombeau, les personnes présentes découvrent un corps conservé. L’enquête consigne le lieu, la date, les personnes et le déroulement. Elle suit les témoins jusqu’aux constatations médicales, aux objets conservés et aux actes ecclésiastiques.

Dans l’incorruptibilité, la première exhumation possède un poids propre. Lorsqu’un corps a été retrouvé exceptionnellement conservé dans des conditions d’inhumation défavorables, un revêtement de cire appliqué seulement par la suite n’explique pas cette constatation antérieure. Une décomposition ultérieure n’annule pas non plus l’observation d’alors. La première exhumation, les examens suivants et les soins ultérieurs sont donc présentés dans leur ordre réel.

La portée du constat dépend de sa précision. Des organes internes conservés, une fonction corporelle entièrement recouvrée ou du sang mis en évidence par plusieurs méthodes sont des faits concrets dont on peut parler et que l’on peut apprécier. Plus les témoignages sont précis et plus les constatations concordantes sont solides, plus le résultat peut être exposé avec assurance.

Pourquoi les témoins crédibles comptent

La connaissance historique repose essentiellement sur le témoignage. Un témoin oculaire rapporte ce qu’il a vu et entendu. Un médecin traitant connaît une maladie avant la guérison ; les proches constatent au quotidien la force retrouvée. Les premiers chroniqueurs préservent le souvenir et nomment les personnes dont ils ont reçu leurs informations. Ces témoignages sont pris aussi au sérieux pour un miracle que pour d’autres événements de l’histoire.

La crédibilité grandit avec la proximité temporelle, les indications concrètes, les confirmations indépendantes et la concordance avec les documents conservés. La foi religieuse ne disqualifie pas un témoin. La disposition à rapporter des faits gênants, à supporter la contradiction et à soumettre sa déclaration à une enquête mérite elle aussi d’être considérée.

Un témoin et un interprète ultérieur ont des fonctions différentes. C’est pourquoi les premières déclarations, la tradition ultérieure et les recherches actuelles sont accompagnées de noms et de dates. Pour un événement historique, le témoignage d’un informateur fiable peut porter le récit, même lorsqu’aucun dossier médical moderne ni aucune photographie ne pouvaient être produits.

Ce que les examens apportent aux constatations

Les examens scientifiques peuvent considérablement renforcer un cas de miracle. La microscopie révèle les structures tissulaires ; les analyses chimiques et immunologiques étudient les constituants du sang ; les constatations médicales antérieures et postérieures documentent un rétablissement physique. Lorsque différentes méthodes appropriées conduisent au même résultat, la constatation gagne en poids.

Pour qu’une mesure porte sur le bon objet, les chercheurs documentent le prélèvement, la conservation et le traitement de l’échantillon. Les échantillons de comparaison et les contrôles aident à repérer les confusions et les contaminations. Les méthodes, les valeurs mesurées et des analyses vérifiables permettent à d’autres spécialistes de contrôler un résultat.

L’explication d’un objet doit rendre compte de l’ensemble de ses propriétés. Pour le Linceul, l’image, les traces de sang, le tissu et l’histoire forment un tout ; pour une guérison, le diagnostic, le traitement, le rétablissement soudain et sa permanence. La reproduction d’un effet isolé ne constitue pas encore une explication de l’ensemble de l’événement. De même, la question de l’action de Dieu demeure liée au contexte historique et religieux.

Médecins non croyants et cheminements personnels de foi

L’examen médical à Lourdes est également ouvert aux médecins qui ne partagent pas la foi catholique. Selon la présentation officielle de la procédure, les médecins et professionnels de santé présents peuvent participer à la discussion clinique d’un cas indépendamment de leurs convictions religieuses. En 2018, Alessandro de Franciscis, alors responsable du Bureau médical, a expressément déclaré que des agnostiques et des athées en faisaient partie. Ils consultent les documents et donnent leur avis professionnel. L’examen n’exige donc pas une croyance préalable en un miracle : les constatations concernant la maladie et les arguments médicaux sont déterminants.[7][8]

L’hématologue canadienne Jacalyn Duffin en est un exemple concret. Dans son propre récit, elle décrit comment elle a d’abord examiné des préparations de moelle osseuse sans connaître le motif religieux de la demande. Son constat a ensuite été versé à la procédure concernant Marie-Marguerite d’Youville ; elle a également témoigné devant le tribunal ecclésiastique. Dans ce même récit, Duffin continue à se déclarer expressément athée. Son témoignage illustre donc particulièrement bien que la collaboration médicale ne suppose pas une adhésion préalable à l’interprétation catholique. Son évaluation médicale et sa réponse personnelle sur le plan des convictions sont restées distinctes.[10]

Le chirurgien français Maurice Caillet a décrit une conversion décisive à Lourdes. Auparavant, il se disait rationaliste et athée. Alors qu’il accompagnait son épouse malade, il a assisté à une messe. L’Évangile l’a touché personnellement ; il a ensuite demandé le baptême. Son témoignage personnel et un entretien ultérieur à Radio Vatican documentent ce cheminement de foi. Il s’agit de la conversion personnelle d’un médecin, dont il témoigne lui-même.[11][12]

Alexis Carrel, futur prix Nobel pour ses travaux chirurgicaux, a mis en récit son expérience de Lourdes dans Le Voyage de Lourdes, sous le nom de Lerrac. Il décrit comment un rétablissement extraordinaire bouleverse un médecin sceptique et le conduit à demander la foi. Le combat intérieur n’est toutefois pas encore achevé. Ce témoignage montre comment la rencontre d’un tel événement peut remettre en question une vision du monde antérieure et ouvrir un cheminement de foi.[13][14]

Le jugement de l’Église

La reconnaissance explicite d’un miracle par l’Église est un jugement de poids. Elle suit l’examen de l’événement et de sa signification religieuse. Les dossiers indiquent l’autorité ecclésiastique qui a statué, la date et le contenu de la décision, afin que le lecteur puisse lui-même en apprécier la portée.[6]

Il existe par ailleurs une vénération autorisée et des décisions pastorales positives dont l’objet est différent. Les normes de 2024 sur les apparitions prévoient par exemple un Nihil obstat permettant de promouvoir pastoralement une expérience spirituelle, sans généralement établir de certitude quant à son origine surnaturelle. Les reconnaissances explicites antérieures sont présentées selon leur propre formulation.[6]

L’examen médical des miracles et celui des apparitions relèvent de procédures différentes. De même, la reconnaissance d’une guérison se distingue de la démonstration de l’origine d’un textile ancien. La décision ecclésiale exacte appartient donc à chaque dossier particulier ; elle se lit en lien avec les témoignages et constatations qui la précèdent.[6]

Examiner les objections et y répondre

Une objection sérieuse exige une réponse concrète. Qui veut expliquer un miracle par une cause naturelle doit montrer comment cette cause a pu produire précisément l’événement documenté. Le rappel général selon lequel des maladies régressent parfois ou des corps se conservent dans certaines conditions ne remplace pas cette démonstration dans le cas particulier.

La critique d’un argument secondaire précis ne réfute pas non plus automatiquement l’ensemble du cas. Un groupe sanguin n’est pas, par exemple, une empreinte individuelle ; il n’en découle pas pour autant qu’un constat de sang ou de tissu établi indépendamment serait dépourvu de signification. Inversement, un argument particulier effectivement réfuté n’est plus utilisé comme preuve. L’ensemble des éléments probants solides demeure déterminant.

L’affirmation selon laquelle les miracles seraient impossibles parce qu’il ne pourrait exister que des causes naturelles présuppose déjà une vision du monde particulière. Une enquête ouverte ne peut préjuger ainsi de son résultat. Elle examine les faits et les causes possibles, et tient compte de la prière, du message et du contexte historique. Des témoignages solides et des constatations concordantes méritent une réponse d’une clarté correspondante ; une question technique encore ouverte est traitée là où elle concerne le cas concret.

À chaque type, sa démarche d’examen adaptée.

Une guérison est examinée à partir des dossiers médicaux, un linge ancien à partir de sa tradition et de son matériau. Une apparition exige l’étude des témoignages, des messages et des conséquences. Les textes suivants expliquent pour chaque groupe les moyens d’examen, les autorités ecclésiastiques compétentes et la portée de leurs décisions.

Sources fondamentales

  1. [1] Évangile selon saint Jean, chapitre 20

    Sainte Écriture · Joh 20,1–10; 20,24–31

    Fondement biblique du titre, de la parole adressée à Thomas et de la notion de signe.

    Ouvrir la source · vatican.va ↗
  2. [2] Dei Filius

    Premier concile du Vatican · 24.04.1870 · Chapitre 3, De fide

    Les miracles comme signes extérieurs de crédibilité ; la foi demeure une adhésion libre portée par la grâce.

    Ouvrir la source · vatican.va ↗
  3. [3] Summa theologiae I, q. 105, a. 7

    Thomas d’Aquin · Notion de miracle

    Distinction classique entre l’étonnement devant une cause cachée et un miracle au sens propre.

    Ouvrir la source · bkv.unifr.ch ↗
  4. [4] Summa theologiae III, q. 43

    Thomas d’Aquin · Articles 1–4

    Sens des miracles du Christ et leur rapport à son enseignement et à sa personne.

    Ouvrir la source · newadvent.org ↗
  5. [5] Summa theologiae III, q. 25

    Thomas d’Aquin · Article 6

    Fondement théologique de la vénération des reliques, sans jugement sur un état corporel particulier.

    Ouvrir la source · newadvent.org ↗
  6. [6] Normen für das Verfahren zur Beurteilung mutmasslicher übernatürlicher Phänomene

    Dicastère pour la Doctrine de la Foi · 17.05.2024 · Présentation ; décisions possibles ; normes de procédure

    Fondement actuel de la procédure ecclésiastique concernant ces phénomènes ; à ne pas confondre avec la procédure médicale dans les canonisations.

    Ouvrir la source · vatican.va ↗
  7. [7] Le Bureau des Constatations médicales

    Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes · Sections sur le double sens du mot Bureau, déclaration fondatrice de l’association médicale en 1925 et mission du CMIL

    La discussion clinique est ouverte aux médecins présents, indépendamment de leur foi. Le CMIL évalue le caractère médicalement inexpliqué.

    Ouvrir la source · lourdes-france.org ↗
  8. [8] Il medico che analizza i miracoli di Lourdes: Da me le persone vengono per dirmi che sono guarite

    Alessandro de Franciscis, entretien avec Antonio Sanfrancesco ; Famiglia Cristiana · 2018-02-09 · Question Ai dossier aperti dal Bureau collaborano anche medici non credenti? ; questions sur le vote du CMIL et la décision épiscopale ultérieure

    Le responsable du Bureau atteste la participation d’agnostiques et d’athées. Il explique le vote secret du CMIL et la majorité des deux tiers.

    Ouvrir la source · famigliacristiana.it ↗
  9. [9] Regulations of the Medical Board of the Congregation for the Causes of the Saints

    Congrégation pour les Causes des Saints · 2016-08-24 · Art. 3, 6–13, 15–18

    Compétence professionnelle, expertises initiales indépendantes, interdiction des contacts, vote contraignant et règles d’arrêt ; le Promotor fidei est une fonction distincte sans droit de vote.

    Ouvrir la source · causesanti.va ↗
  10. [10] Can an Atheist Scientist Believe in Miracles?

    Jacalyn Duffin · Récit d’ouverture, A Lengthy Process, Striking Parallels ; reproduit avec autorisation à partir de l’article original de la BBC

    Duffin décrit son expertise de moelle osseuse réalisée en aveugle et son témoignage dans la procédure d’Youville. Elle continue ensuite à se déclarer expressément athée.

    Ouvrir la source · strangenotions.com ↗
  11. [11] Confesiones de un antiguo masón

    Maurice Caillet, entretien avec ZENIT · 2008-11-06 · Dernière question : Cómo comenzó su descubrimiento de Cristo?

    Il se décrit comme rationaliste et athée ; visite à Lourdes avec son épouse malade, participation à un office, puis demande de baptême.

    Ouvrir la source · es.zenit.org ↗
  12. [12] Maurice Caillet: J’étais franc-maçon

    Radio Vatican ; entretien de Catherine Aubin · 2012-06-13 · Présentation de l’émission consacrée à l’entretien et au témoignage du livre

    Confirme la profession de médecin de Caillet et documente l’entretien sur sa conversion religieuse décisive à Lourdes.

    Ouvrir la source · archivioradiovaticana.va ↗
  13. [13] Le Voyage de Lourdes

    Alexis Carrel · 1949 · PDF, p. 42 : prière après l’expérience rapportée ; édition numérique Ars & litteræ 2018 ; texte original publié à titre posthume en 1949

    L’expérience personnelle de Carrel, mise en forme littéraire, est racontée sous le nom de Lerrac ; le texte atteste la persistance du doute après l’événement.

    Ouvrir la source · reparti.free.fr ↗
  14. [14] The Nobel Prize in Physiology or Medicine 1912

    Nobel Prize Outreach · Lauréat et justification du prix

    Carrel a reçu le prix Nobel en 1912 pour ses travaux sur la suture vasculaire et la transplantation, et non pour l’examen d’un miracle.

    Ouvrir la source · nobelprize.org ↗
Miracles · Catholon · FrançaisExaminer et comprendre les miracles · Crédits iconographiques